Les 10 ans de la FESPI

Le désormais traditionnel séminaire de printemps de la FESPI a été cette année l’occasion de fêter les 10 ans d’une fédération qui contribue aujourd’hui activement aux débats sur l’évolution du système éducatif. Les équipes des différents établissements innovants et expérimentaux se sont réunies à Bordeaux les 4 et 5 avril 2015. Le rassemblement a eu lieu au collège Clisthène, créé en 2002, qui est un lieu d’expérimentation particulièrement stimulant pour l’ensemble des acteurs de l’école. Dans ce collège innovant, le temps scolaire a été ré-organisé tenant compte des rythmes de l’enfant dans l’optique d’améliorer les conditions d’apprentissages et l’expérience scolaire. On y retrouve aussi, en plus des temps disciplinaires, différents dispositifs pédagogiques (tutorat, projet, inter-displinarité) favorisant ainsi l’épanouissement des élèves.

Dans ce séminaire, dont les échanges ont été particulièrement riches, deux tables rondes ont eu lieu, une première, le vendredi, réunissant 4 des co-fondateurs de la FESPI (Marie-Cécile Bloch, Eric De Saint-Denis, Jean-François Boulagnon, Philippe Goémé), puis une deuxième, le samedi, avec François Dubet, Frédérique Weixler, Philippe Watrelot, André Sirota et Arnaud Théval autour des freins et des leviers pour l’innovation pédagogique en France. Des forums ont également été mis en place autour du thème « espaces et écoutes ». Ce séminaire a été ponctué par une présentation en photos, dans une ambiance conviviale, de chaque établissement membre de la FESPI, permettant de se rendre compte de la richesse des dispositifs pédagogiques. Yves Reuter, professeur à Lille, didacticien et spécialiste des pédagogies alternatives et de l’expérimentation, a conclu à ce séminaire de la FESPI en qualité de grand témoin.

La première table-ronde, présentant l’originalité d’être animée par trois élèves du CEPMO et un de leur professeur, a permis de revenir sur l’histoire de la création de la FESPI. Si dès 1982, Alain Savary, ministre de l’Education Nationale sous la Présidence de François Mitterrand, autorise la mise en place d’un certains nombres “d’expériences scolaires”(dont, le Collège-Lycée expérimental d’Hérouville, le centre expérimental pédagogique et maritime en Oléron, et le Lycée Auto-géré de Paris, actuellement membres de la FESPI), ce n’est qu’au tournant des années 2000 avec la création du Micro-lycée de Sénart, celle du CLEPT à Grenoble (permise par l’association La Bouture), de Clisthène à Bordeaux, et du Pôle innovant lycéen à Paris, que la nécessité de se fédérer apparaît. Ainsi, en 2005, la FESPI naît avec pour objectif de défendre et de promouvoir, dans le respect de la diversité des structures membres, les établissements scolaires publics innovants en France.
La FESPI compte aujourd’hui 14 structures engagées dans le premier cercle, et 5 dans le deuxième cercle. Ces établissements ouvrent des pistes d’innovation du système éducatif, répondent aux problématiques des décrocheurs et apparaissent parfois comme de véritables alternatives au système traditionnel.
La FESPI défend les structures existantes et milite pour que l’innovation ne soit pas condamnée à la précarité en réclamant la mise en place de statuts, ou de conventions fixant un cadre juridique stable à ces structures. Faire peser l’existence de ces structures uniquement sur les « bonnes volontés » des proviseurs, des élus, d’un recteur ou d’un ministre, ne permet pas de les installer de façon stable, afin qu’elles puissent concentrer leur énergie sur leur mission éducative et participer à la diffusion de leur pratiques, et ne facilite pas non plus les possibilités de créations nouvelles. La question du cadre juridique a une importance majeure dès lors que l’on souhaite étendre ces expériences éducatives dans un cadre public au sein de l’Education Nationale. Elle fait partie des étapes pour lever les nombreux freins qui empêche l’école d’évoluer.
Si Frédérique Weixler (chef de la DRDIE, DGESCO), se dit prête à faire « sauter les verrous », l’administration reste encore trop souvent bloquante et semble cantonner l’innovation et l’expérimentation, aux seuls publics de décrocheurs. Philippe Watrelot président du CRAP cahiers pédagogiques, explique ainsi que l’innovation, ou l’expérimentation, bute aujourd’hui sur un mode de gouvernance de l’école qu’il conviendrait de repenser tant les procédures administratives manquent de souplesse.
André Sirota, psycho-sociologue, va également dans ce sens, en expliquant que les formes sociales d’organisation scolaire ne sont pas créées pour que chaque partie porte des responsabilités. Il faut changer la gouvernance pour permettre des changements.
Pour le sociologue François Dubet, l’innovation, « qu’il ne faudrait pas sacraliser », entraîne des changements, elle fait supporter à l’individu un coût, qui devient particulièrement pesant dès lors qu’on envisage collectivement les changements. Pour lui, l’école doit changer en accordant plus de marges de manœuvre aux établissements (temps, recrutement…) et en faisant des ESPE, sur le modèle des écoles d’ingénieur, de véritables centres de formation où on apprend le métier d’ enseignant. Pour F.Dubet, les syndicats enseignants apparaissent parfois bloquant, comme on peut le voir par exemple avec la levée de boucliers syndicale suite à l’annonce de la prochaine réforme du collège qui accorde aux établissements la liberté d’organiser localement 20% du temps scolaire.
Les syndicats craignent que plus d’autonomie pour les équipes éducatives sur le terrain augmentent les inégalités, comme si le système actuel n’était pas déjà particulièrement inégalitaire. La France est le pays de l’OCDE où les résultats scolaires sont le plus corrélés à l’origine socio-économique. Il y a deux fois plus d’enfants en retard de deux années scolaires dans les ZUS que dans les autres quartiers. Plus d’autonomie permettrait ainsi de tendre vers un système scolaire plus équitable, en donnant plus à ceux qui ont plus besoin.

Enfin Yves Reuter a clôturé ce séminaire d’une brillante intervention encourageant les membres des ESPI à communiquer et diffuser plus largement les dispositifs pédagogiques particulièrement riches qui y sont développés tout en rappelant l’importance des disciplines scolaires dans la transmission des savoirs et enfin a interrogé le positionnement politique de la FESPI.

La FESPI fête ainsi ses 10 ans avec un séminaire particulièrement dense, ayant permis de faire le bilan de dix années d’activités et de faire le point sur les principes à défendre pour améliorer l’école à l’avenir.

Vincent Levrault
(CEPMO)