Pascale Stéphanie du Lycée Des Possibles de Toulon nous partage un texte qu’elle a rédigé suite à la journée du 22 novembre organisée par la Fespi sur le thème de la gouvernance partagée.
En ce samedi 22 novembre, la journée a commencé avec une conférence de Sandrine Benase-Rebeyrol, docteure en Sciences de l’Education. Elle présente un compte-rendu de son long travail de recherche sur « la place de chacun dans l’équipe et la question de la collégialité » ou en plus simple, comment sont prises les décisions et qui intervient ? Son travail s’est basé entre autres sur l’observation de réunions d’équipes suivies d’entretiens en groupe comme individuels et a donné lieu à des typologies de fonctionnement en équipe où chacun a tenté de se retrouver.
- Notre équipe est-elle celle où la convivialité domine ou celle où l’ambiance est lourde ?
- Quel est le rôle de chacun dans cette équipe ? Si nous correspondons à la typologie , qui est le « père ou mère poule », le « leader poil à gratter », « l’analyste », « le décalé », « la mémoire » « le critique de passage » ?
- Pourquoi certains deviennent-ils des « porte-voix » quand d’autres restent silencieux ? Que signifie vraiment ce silence ? Peut-on être silencieux et en même temps heureux et engagé ?
- Quelle est la place que « je » me donne ou que « l’on » me donne dans l’équipe et à quoi tient-elle ? au statut ? aux tâches ou responsabilités ? à la fonction dans le groupe ? Un ensemble de tout ça ?
- Et qu’en est-il de la transmission ? Comment accueillir les nouveaux ? les aider à trouver leur place ? Comment faire en sorte de ne pas opposer les anciens aux nouveaux ? et même pire éviter que la méfiance s’installe ?
- Le coordonnateur doit-il être le même plusieurs années ? Ou décide-t-on de ne garder la charge que quelques mois pour que chacun le soit à tour de rôle ? Est-il le garde-fou ou le régulateur de la structure ? Ne vaudrait-il pas mieux deux coordonnateurs, un fixe et un « tournant » ? Le partage total des tâches dans une coordo collégiale est-elle possible ?
D’ailleurs le chef est-il un coordonnateur ou un coordinateur ? Et s’il n’y a pas de chef, qui prend les décisions ? D’ailleurs, peut-on faire sans chef ? Et si ce n’est pas le cas, que faire avec le pouvoir ? La collégialité que l’on affirme est-elle une illusion ? Est-on dans l’utopie de la fratrie et le mythe démocratique ? Y a-t-il un déni du pouvoir détenu ou exercé ?
La suite de la matinée a porté sur le retour en 4 ateliers de cette conférence. Là encore les questions ont fusé.
- La collégialité est-elle un fonctionnement efficace ? Ne passe-t-on pas trop de temps à travailler sur nous-même plutôt que de travailler aux projets ?
- Comment nourrir la dynamique tout en restant fidèle au projet de départ ?
- Peut-on vraiment rester innovant ?
- L’équipe est-elle vivante et qu’y vit-on ?
- Comment se décentrer et passer du « moi » au collectif ?
- La confiance que j’accorde aux autres fait-elle que je puisse appliquer une décision à laquelle je ne crois pas ?
- L’engagement dans un ESPI est-il pensé comme un moment ou comme une carrière ?
- Comment transférer ce que l’on vit dans un ESPI à un établissement « classique » ?
- Quelles compétences développe-t-on quand on travaille en ESPI et qu’en faire ensuite ?
D’ailleurs, ces derniers points étaient le sujet d’un atelier de l’après-midi qui a été résumé dans la formule : « Garder l’esprit en quittant l’ESPI »
« Garder l’esprit en quittant l’ESPI »
Pour ceux qui, après quelques années à enseigner dans un ESPI, souhaitent tenter d’autres aventures, l’atelier de l’après-midi du 22 novembre ouvrait deux voies permettant d’utiliser les compétences acquises.
Devenir chef d’établissement
Devenir chef d’établissement est l’expérience qu’ont tentée, avec des bonheurs divers deux collègues. En sortant d’un ESPI, on croit dans la collégialité et on sait mener des projets interdisciplinaires. Communiquer avec des responsables, l’institution, les médias est une compétence acquise et l’objectif de faire réussir les élèves tient à cœur à un chef d’établissement. Les enseignants peuvent se laisser gagner par l’enthousiasme communicatif et retrouver le sens du métier. Mais, être chef, c’est aussi être seul et devoir prendre de grandes responsabilités. Gérer des adultes n’est pas toujours simple et même si une grande partie des professeurs sont de bonne volonté devant les innovations, d’autres restent récalcitrants et ne peuvent pas toujours passer tout le temps nécessaire pour mener à bien des projets d’envergure.
Faire de la recherche
L’autre possibilité est de devenir chercheur. Les compétences de formateur.trice sont alors utilisées au service du collectif. Bien sûr, on ne s’appuie plus sur un groupe et la solitude est plus grande, mais il reste de nombreux échanges, ne serait-ce qu’en multipliant les entretiens avec des élèves ou des professeurs. Et le rôle de conseil est valorisant, que ce soit par des conférences ou des ouvrages. On reste au service du projet.
Des compétences à valoriser
En ayant travaillé dans un ESPI, on sait transformer la hiérarchie en partenaire, on sait faire de l’école un lieu plus collectif, on sait se mettre au service de projets. Mais on est aussi plus exigent dans les attentes et le travail. Une chose est sûre, on peut sortir des ESPI mais il ne faut pas que ce soit poussé vers la sortie ou à cause d’un « ras-le-bol » ; il faut le faire par le haut pour gagner en responsabilités. Ceci dit, on peut aussi y rester et continuer à s’épanouir.
Les rôles et positions de l’équipe de direction dans un ESPI
La table ronde de l’après-midi du 22 novembre, animée par Olivier Haeri, donnait la parole à deux proviseurs nouvellement nommés dans un établissement avec une structure innovante, Mme Corinne Nicolas du Microlycée 93 à Germaine Tillon et Mme Evelyne Blot du Lycée des Possibles au Lycée Bonaparte de Toulon et à 2 professeurs de ces structures, Jérémy Firozaly et Anthony Libert.
Le temps de l’accueil
En prenant leur poste ,les deux proviseures ont d’abord été surprises, voire touchées, de la demande des collègues de les rencontrer avant leur prise de fonction. Elles ont dû se documenter, lire des livres et des compte-rendu pour mesurer ce qu’étaient ces structures et leur besoin d’autonomie. Elles ont apprécié de pouvoir valoriser un système qui favorise, non pas tant le raccrochage des élèves que leur réussite.
Travailler ensemble
Les chefs d’établissement doivent s’adapter aux modalités mises en place et voir quelles décisions nécessitent d’être prises avec l’équipe de l’ESPI . Le proviseur doit être l’interface avec l’administration et mobiliser toutes les possibilités pour régler les problèmes qui ne sont pas pédagogiques. Il doit aussi faire en sorte que l’innovation s’adapte aux lois qui changent régulièrement.
Le partage des responsabilités
Le chef d’établissement doit être le soutien d’un ESPI. Il doit le conserver, le pérenniser . Mme Blot a parlé d’être le « facilitateur en traquant dans les interstices des textes les moyens pour faire vivre ces structures ». Enfin, si après l’enthousiasme des débuts et la maturité arrivent l’inquiétude ou la lassitude, c’est à lui de faire le lien pour que le dispositif ne soit plus isolé.
Tous sont d’accord pour conclure que la relation de confiance est essentielle au bon fonctionnement des ESPIs.
Pour cette journée, voir aussi : https://www.fespi.fr/la-gouvernance-partagee-une-nouvelle-journee-detude-de-la-fespi/